Les souliers rouges de Barbara Carlotti

Christophe Conte des Inrocks – qui sait aussi justement être tendre que dur, gloire à lui – a été le premier à dégainer en louant sa « griffe classieuse ». Le  Sortir de Télérama a fait sa couv sur sa « classe à part » en décembre. Libération débute aujourd’hui un papier en évoquant une « classe flagrante ». Barbara Carlotti est donc classe. Mais c’est quoi justement « être classe, classieuse, top classe » (ou pas) ? Enquête dans le sillage d’une raie bien blonde, au moment où les professionnels de la profession s’apprêtent à la couronner lors des Victoires de ce soir (enfin on espère).

Elle a le prénom d’un grande chanteuse, Barbara, et un nom qui évoque l’aura et le mystère d’une diva italienne, Carlotti. Déjà, ce n’est pas donné à tout le monde. Elle n’est pas mignonne, elle a une grande bouche, de grands yeux, un nez un peu fort, un physique qui s’impose, du rouge à lèvres bien rouge, bref, elle est totale belle. Elle a une voix très grave qui ferait presque peur, surtout quand elle rit en interview. Seulement c’est une voix sublime parce qu’elle chante divinement bien, avec ampleur et caractère. Elle est issue de cette flopée estampillée chanson française gentiment chiante, un brin nombriliste, douée et facilement vaine, sauf qu’elle y surnage fastoche. Elle avait fait 3 albums confidentiels avant, elle a participé et participe à pleins de projets intéressants dont  Imbécile (une pépite, avec Héléna Noguera, Philippe Katerine et JP Nataf), elle a donc vécu, travaillé, souffert, s’est aguerrie, a muri pour donner L’Amour, l’Argent, le Vent en 2012 qui se détache enfin. Sans doute parce qu’elle y quitte la flopée précédemment citée. Elle est toute en cheveux, un blond lumineux, très travaillé, avec une grande mèche sur le côté (avec une période minivague qu’on discerne sur la photo de l’album et dans le clip de « L’Amour, l’Argent, le Vent », heureusement terminée). Elle n’est pas jeune, elle n’est pas vieille non plus : elle peut s’offrir le luxe d’une chanson sur les ravages du temps sans faire de la peine ( « J’ai changé », un bijou).

Voyons la chose, passons à Youtube, ouvrez bien les yeux et les oreilles, il s’agit de « 14 ans« ,  mon tube préféré de la miss, c’est le collier 5 rangs, et vous allez vite repérer le détail classe qui tue :

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Alors vous vous êtes trémoussés ? C’est pas de la balle ce morceau ? Le meilleur des années 80 mais aujourd’hui, sans la nostalgie, avec juste la fête, l’énergie ? Et vous avez vu les chaussures revolver ? Des escarpins rouges et vernis s’il vous plaît. Et savez-vous quoi..  je l’ai vue en concert aux Francos cet été, elle est venue chanter à dix centimètres de moi, j’étais ravie et pétrifiée, une communion totale, comme là, à La Cigale :

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Elle était entourée de pas moins de cinq beaux garçons, tous élégants, dont un avec un incroyable foulard cravate aux motifs géométriques, elle avait une robe-cape noire très courte… et les escarpins vernis rouge. Oui, ceux du clip. En chair et en os. D’ailleurs je ne suis pas la seule à avoir été scotchée par les chaussures, elles ont même été prises en photo par la fine mouche la blonde par ici. Il faut oser les escarpins rouges vernis. C’est clivant comme objet. Immettable, au propre comme au figuré. Dans le conte d’AndersenLa petite fille aux souliers rouges , une orpheline qui se pique de mettre des chaussures rouges est prise d’un maléfice, elle ne peut plus s’en défaire, ne peut plus s’arrêter de danser, au point qu’on est obligé de lui couper les pieds pour la délivrer ! Or Barbara Carlotti non seulement chante, danse avec ses escarpins, mais hop, elle peut aussi très bien s’en défaire pour aller pieds nus dans le sable, pas besoin qu’on l’ampute, elle maîtrise, classe quoi. Ici donc les pieds nus avec envolées, tissus vaporeux et minivague que j’aime moins :

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De toutes façons, c’est ultra personnel, c’est même générationnel je dirais, là où je l’aime vraiment Barbara Carlotti, c’est quand ça balance, ça balance. Quand elle retrouve la fièvre des années 80, dans « 14 ans » donc. Mais aussi dans ce must, « Duel au soleil » de Daho, repris avec Aline pour la réédition limitée de son album. De cette chanson solaire, je ne connaissais qu’une reprise, d’Elsa dans l’album Ma chanson d’enfance en 2001, voix claire, timbre juvénile, j’aimais déjà bien. Barbara Carlotti et Aline en livrent une version plus rapide, joyeuse, sans nostalgie, parfaite. Le diadème.

La voici qui en parle ici :

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Bon je vous laisse, on verra bien si elle remporte la mise ce soir. Je dois avouer, je suis allée voter sur le site des Victoires et même pas pour elle ! Carlotti elle est si classe, en fait elle n’a besoin de rien. Et puis les Victoires, personne ne regarde. J’ai préféré donner sa chance à Rover, une présence folle, des petits souliers blancs, on en reparlera…

Dessin et billet par Cat

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