« L’opération diabolique » : un générique, deux génies.

Aujourd’hui un peu négligé par les producteurs et les différents créateurs qui œuvrent dans les produits audiovisuels, le générique tenait autrefois une place importante dans un film et était l’oeuvre de beaucoup de soin, en tout en ce qui concerne certaines grosses productions. Ainsi, certains noms de l’époque sont aujourd’hui considérés comme de vraies stars et de véritables références dans ce domaine. Le plus connu d’entre eux est sans aucun doute Saul Bass.

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Quelques extraits du travail de Saul Bass (logos, affiches alternatives, génériques)

Souvent réduit à son travail avec Sir Alfred Hitchcock ou encore Otto Preminger pour son travail sur les formes et les fonds de couleur, le bougre a signé les génériques de plusieurs œuvres majeures du cinéma (« Spartacus, « Sept ans de réflexion« , « West Side story« , « Les affranchis« , « Alien« ) en utilisant d’autres techniques comme c’est le cas sur ce film devenu culte de John Frankenheimer : « L’opération diabolique« . Et pour donner du relief  à son travail, il a droit à une partition magistrale de Jerry Goldsmith.

 

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Autre monstre sacré de son domaine, aujourd’hui complètement ignoré (perso, il fait partie de mes 3 compositeurs préférés), Goldsmith a eu une carrière riche et éblouissante, composant de nombreuses BO magistrales si bien que ne citer que les plus connues serait déjà trop fastidieux. Le voilà donc à l’oeuvre sur les images distordues de Bass, orchestrant déjà un malaise palpable dès les premières notes de cet orgue qui monte, organisant un crescendo qu’explorera plus tard Goldsmith sur « Damien – La Malédiction » par exemple. Les aigus et les graves s’entremêlent, comme les images de Bass qui se diluent, multipliant les surimpressions et les cadrages inhabituels.

Jerry Goldsmith dirige son archestre.
Jerry Goldsmith dirige son orchestre.

 

 

 

 

 

 

Les violons déchirent le mur d’orgues et la musique prend alors une tournure plus grave et le final met au supplice un spectateur déjà bien désarçonné. La suite du film, un petit bijou du genre parano et qui bénéficie de la meilleure performance de la carrière de Rock Hudson, est dans la droite ligne de ce générique qui résume parfaitement ce qui va suivre en instillant dès le départ un malaise palpable qui donnera encore plus de relief aux scènes qui ouvrent le film. Du très grand art, signé par deux grands artistes.

2 commentaires Ajoutez les votres
  1. Pour cet article, j’ai préféré me concentrer sur un générique au style radicalement différent par rapport à ce que Saul Bass a pu faire (ou fera) et aussi parce que la musique est signée par Jerry Goldsmith, que j’adore. En visionnant le film, je ne savais pas que Bass avait travaillé dessus tout comme j’ignorais que Goldsmith était à la partition et c’est en découvrant leurs noms durant le générique que je suis dit que c’était très réussi.
    De plus, je dirais que contrairement à « Psychose », le générique participe grandement à l’ambiance du film (pour le Hitchcock, ce n’est qu’un élément réussi parmi les mille autres de ce chef d’oeuvre) puisque son côté dérangeant et malsain irrigue les premières images du film de Frankenheimer qui expose le quotidien banal d’un homme ordinaire mais dans lesquelles on ressent encore ce malaise.
    Et puis je trouve toujours plus sympa de me concentrer sur un truc méconnu (le film l’est encore largement malgré son statut d’oeuvre culte) et de le faire découvrir à d’autres. 😉

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