Re-play blessures par Gaëtan Roussel

Des semaines, des mois finalement que cet article trotte dans mon esprit encombré.
J’ai vu un spectacle cet été qui m’a marqué, profondément, tant par la sensation magique de découvrir un vieil album définitivement intemporel, que par l’émerveillement d’une prestation scénique hors pair.
Je reviens donc sans hésiter sur ma claque « live »

Pas de son, pas de vidéo, pour les raisons que vous comprendrez, en lisant ces quelques lignes.

Les Francofolies de La Rochelle ont sollicité Gaëtan Roussel pour reprendre Bashung, à l’occasion d’un concert pendant le Festival 2013.
Roussel, à la fois touché et embarrassé, après quelques discussions, a accepté, mais selon ses conditions : un spectacle, en One Shot, de l’album de son choix, et qui ne tournerait pas.
Il accepte en souvenir de sa rencontre avec Bashung, pendant les Francos, un des derniers concerts de ce grand bonhomme à la voix cigarette-tequila rapido, déjà bien malade, d’avoir trop aimé la nuit peut-être.
En souvenir, et non en hommage. La nuance importe.
Le choix de Roussel se porte sur l’album Play blessures, coécrit par Bashung et Gainsbourg.
« Fusion des esprits, déclinaison personnelle, loin de l’idée d’imiter l’inimitable Alain, Gaëtan Roussel fera revivre, 30 ans après, avec toute sa liberté un monument de la chanson, un électron libre. »
(source : Les Francos)

14 juillet 2013, Grande Théâtre de La Coursive, La Rochelle.
La salle est comble. La veille c’était déjà complet. Noir. Lumière. Des ombres sur scène, un tulle tamise entre public et musiciens. Le décor est simple, mais hyper Rock Garage.
Tous au centre, entourés de petits écrans au lettrage sixties (je ne connais pas le nom de cette typo typique) chacun avec ces lettres, formant une fois ensembles « RE PLAY BLESSURES »

En place, le son part, brut, féroce. « C’est comment qu’on freine » envoie à des émotions de concerts en rock clubs enfumés, de musiques écoutées trop fort, ça sent presque la Stella Artois.
Une interprétation phénoménale, une orchestration étonnante, c’est une des chansons que je connais le mieux de Bashung, que j’avoue avoir peu écouté en album.
Les musiciens, de noir vêtus, évoluent, installés autour d’un Roussel, sans sa guitare, qui ose affirmer son choix. Ambiance électrique, psyché, un des musiciens fume comme un pompier sur scène.
Le salaud.
Les éclairs stroboscopiques zèbrent la salle de La Coursive, les jeux de lumières déchirent l’obscurité.
Maladroit, timide, ce grand machin chauve entre rapidement dans ce qu’il chante, et semble habité, non pas de son mentor, mais réellement du texte qu’il braille à perdre haleine. C’est ça qui me chavire. On est pas dans le pathos-hommage à un chanteur disparu. Loin de là.

Roussel -qui n’avait que 10 ans à la sortie de l’album, en 1982- confiera au journal Le Monde : « J’ai découvert Play Blessures vers 1990 » (…) « J’avais été marqué par son approche très libre, très décomplexée. Ce disque m’a depuis beaucoup accompagné.
Avec le guitariste Philippe Almosnino, et Benjamin Lebeau, des Shoes, aux machines, nous avons essayé de retrouver des sensations d’origine, en utilisant par exemple les boîtes à rythme de l’époque, en recréant ce frottement entre matière synthétique et organique. »
Synthétique et Organique. C’est exactement ça. Le mélange des guitares et des machines est juste, bien vu.
Roussel chantera l’album dans son entier, le spectacle dure 47 minutes.
Le final, le tulle tombe, Roussel s’approche du public, chante le dernier morceaux,  » Bistouri Scalpel » et salue, sans répondre aux nombreux rappels par autre chose qu’un autre salut.
Minutes passées à la vitesse de la lumière, d’une vie cramée. Certains s’en plaindront. Moi pas.
Certains sortent déçus : « je pensais qu’ils reprendrait les standards de Bashung. C’est scandaleux »
Pauv’ type, il a fait mieux que ça, t’as rien pigé.
T’écoutes mal. Tu regardes pas. Tu crains.


Un spectacle d’une telle qualité et la classe de ne pas en faire commerce, au grand dam sans doute des organisateurs, ça mérite un respect immense. On s’incline devant une telle générosité.
Et pas uniquement parce que j’ai piqué toutes les photos de cet article sur le facebook de Gaëtan.

Vous pourrez écouter ce que j’ai vu ici : http://www.franceinter.fr/emission-soiree-speciale-aux-francofolies-gaetan-roussel-re-play-blessures.

Et prends du plais’ ou raccroche.

« Je dédie cette angoisse à un chanteur disparu/Mort de soif dans le désert de Gaby »

Ne vivez jamais sans musique.
Bea Fal

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