Fews

L’hiver approche à grand pas et un des meilleurs moyens pas chers pour se réchauffer qui s’offre au rock critic fauché est bien celui d’envoyer bouler les attachées de presse tel le rédac-chef à lunettes noires étalon. NON ! Ce n’est pas vrai ! Le rock critic est gentil et s’entend bien avec tout le monde (par contre, dès qu’il sera rédac-chef, ça va chier !!) Sinon, c’est quoi le boulot d’attaché(e) de presse ? hé bien, ceux qui ont de la chance, ou qui n’aiment pas les risques, s’occupent des grosses pointures ; tandis que les autres passent leur vie au téléphone à essayer de placer des groupes en devenir. C’est quoi un groupe en devenir ?

Pour le rock critic de base, le groupe en devenir est ce que l’on appelle une belle épine dans le pied, surtout si le disque est bon. Généralement, c’est des jours et des jours d’une approche diplomatique pour convaincre le rédac-chef qu’il serait bien vu de publier quelques lignes sur tel ou tel combo qui semble promis au Rock & Roll Hall of fame… d’ici trente à quarante ans… A moins d’un miracle, la réponse est non. Et puis, un peu plus tard, les deux frangins qui n’intéressaient personnes deviennent célèbres sous le nom de Oasis. Des trucs pareils, certains préfèrent les oublier, tandis que d’autres s’en servent comme cure de modestie à faire une fois de temps en temps dans l’année. Non, définitivement non, les groupes de rock ne viennent pas au monde avec le statut de star gravé au fer rouge sur la fesse droite. Ils en chient grave la plupart du temps pendant quelques années. C’est pendant ce laps de temps qu’il est conseillé d’ouvrir bien grandes ses oreilles quand un communiqué de presse au sujet d’un groupe d’illustres inconnus tombe dans la corbeille du téléscripteur.

© Emma Gibney
© Emma Gibney

Dernièrement, c’est le groupe FEWS, combo américano anglo-suédois qui a été soumis à notre sagacité. Parmi les points positifs mis en avant : un beau petit succès dans les clubs anglais (le groupe évite la Suède) et un album, « Means », mis en boite par Dan Carey, un producteur tout ce qu’il y a de plus dans l’air du temps (Tame Impala, The Kills, Bloc Party, Bat for Lashes, Franz Ferdinand…) Après une première écoute forcément religieuse (entre deux traductions de pages de l’annuaire du téléphone du Burundi car il faut bien gagner sa vie honnêtement), le résultat est mitigé. Est-ce les cinquante pour cent de Suédois dans le groupe qui donne cette désagréable impression que rien ne se passe ou autre chose ? Même si les dix titres tournent plutôt bien, ils sont décidément trop propres, trop impersonnels pour correspondre vraiment avec les infos et lecture d’interviews glanés sur la toile tout en écoutant la bestiole – Le glanage d’informations sur Internet est un bon truc pour aider à cerner un artiste ou un groupe quand ce ou ces derniers ne donnent volontairement que peu d’informations sur leurs personnes dans le kit promo. C’est compréhensible chez les personnes recherchées pour zoophilie, moins chez les bipèdes en quête de gloire interplanétaire.

Comme le petit reporter sait aussi taper sur un clavier, il finit par dénicher quelques infos nécessaires comme la composition du groupe. Ainsi, le nouveau bassiste anglais s’appelle Jay Clifton, le batteur suédois est Rasmus Andersson tandis que les deux guitaristes sont… Tiens, c’est curieux… David Alexander (Suède) et Frederick Rundqvist (USA), c’est pas la paire de petits génies qui font le duo dream pop à succès Summer Heart depuis 2011 ? Hé ben si ! Ah les petits cachottiers… Rien que pour ça, une nouvelle écoute est programmée car « Means » mérite une seconde chance si ce disque peut sauver deux âmes de la dream pop !

D’autant plus qu’un passage sur le site de The Quietus (http://thequietus.com/articles/18390–interview) nous permet de pêcher une très intéressante interview de Frederick Rundqvist où il parle et de « La Trilogie new-yorkaise »de Paul Auster et de René Magritte comme source d’inspiration du groupe. Avec deux sujets aussi énormes sur le plan de l’inventivité intellectuelle, comment peut-on pondre un résultat aussi mitigé ? C’est vrai que pour une première écoute, le résultat n’incite pas à se fracasser le gland contre un mur en signe de contentement… Et puis c’est quoi cette chanson « Zlatan » ?

Personnellement, et même si nous savons qu’il est déconseillé de juger sur les apparences, bordel ! Le foot, c’est pas de la musique et cette pseudo chanson hommage est juste dispensable ! Bon, maintenant que le petit a fait son caca nerveux, nous pouvons reprendre la navigation au fil de l’eau. Contact est pris avec la promo de [PIAS] pour en savoir plus. Ca tombe bien, les petites merveilles vont passer par Paris le 23 novembre car le groupe fait la première partie des Pixies. Rendez-vous est donc fixé pour une interview tout ce qu’il y a de plus traditionnelle. C’était sans compter sur la dure vie du rock and roll…

© Emma Gibney
© Emma Gibney

Le mercredi arrive et, comme c’est aussi un jour où il y a du foot à la télé, le rock critic moustachu sait déjà que la salle ne sera pas sold out comme déjà claironné. A treize heures, personne au rendez-vous. Les minutes s’écoulent. Apparemment, le groupe est en chemin après avoir déposé son matos au Zénith. Trente minutes plus tard, alors que le petit reporter est en train de siffloter les premières mesures de « White Rabbit » du Jefferson Machin, le batteur Rasmus Andersson et le guitariste Frederick Rundqvist font leur apparition avec deux tonnes de valises chacun et sous chaque oeil disponible pour en porter… Alors que les deux s’excusent du retard, nous apprenons qu’ils arrivent de Porto (1600 km en bus) et que les dates précédentes ont été à l’avenant : 1200 bornes dans la journée pour franchir la distance entre Barcelone et le Portugal, 900 autres pour venir de Montreux, etc. En ce début d’après-midi parisien, il est clair sans être un observateur de l’ONU, que les duettistes ne reflètent pas vraiment la victoire.

Malgré une furieuse envie d’être ailleurs que devant un micro, les deux se plient sans broncher à la dure loi de la promotion ; et cela, sans même demander un café au serveur. C’est beau un musicien perclus de fatigue qui tente malgré tout de sauver les apparences ; et de faire comme s’il sortait de la douche après une bonne nuit de sommeil. Et c’est là que le petit reporter se demande s’il est bien raisonnable d’entamer le débat en demandant une clarification urgente de la ligne directrice du groupe pour faute d’embouteillage grave sur l’autoroute des influences affichées ? Si nous en croyons toutes les sources consultées (de la feuille promo à différentes chroniques ou interviews), le disque est qualifié tantôt de post punk brillant à la Interpol (et plus précisément l’album « Turn on the Bright Lights », excusez du peu !) ou alors de descendants directs de Joy Division quand Martin Hannett était derrière la console ; à cela, rajoutons rapidement tout un tas de références à la scène anglaise des années quatre vingt et au Kraut rock vintage façon Amon Düül et autre Tangerine Dream, et le futur auditeur sera soit conquis soit effrayé par le menu à volonté ; d’autant plus que le disque laisse transpirer quelques plages discrètement hypno groove qu’on aurait aimées plus appuyées surtout de la part du producteur Dan Carey. A ce fatras de questions et, devant le sourire de chien battu du batteur Rasmus Andersson qui semble le plus frais des deux, nous décidons rapidement de faire preuve d’humanité et de commencer en leur demandant comment ça va. Dans la demi heure impartie qui va suivre, le duo va se réveiller et sera même rejoint par le chanteur et deuxième guitare Dave Alexander. Les trois vont défendre le disque contre vents et marées. A un moment, une certaine réticence sur la production semble poindre chez l’un des trois mais sans plus. Ils endossent la responsabilité du bébé tel qu’il est arrivé dans les bacs. Question influences, même si Frederick Rundqvist admet un attrait pour le kraut rock et la scène de Manchester époque Hacienda, il ne tarit pas d’éloges sur la musique psychée bien hypnotique. Apparemment, il aimerait bien que toutes les chansons durent des heures sous un nuage de confettis. Au fur et à mesure que s’écoulent les minutes, les trois récupèrent une bonne humeur tellement communicative que le natif de San Francisco qu’est Rundqvist s’empresse de préciser qu’il ne faut pas juger ce groupe de dépressifs chroniques sur ce bon jour. Sachant que le photographe star Dennis Morris a fait de FEWS un de ses groupes préférés du moment, nous pouvons d’ores et déjà classer le combo dans la case des gros fêtards aussi bien en tournée que dans la vie. Dépressifs chroniques ? C’est cela… Une fois de retour à la maison, la nouvelle écoute se fait et le disque passe de mieux en mieux. Attendons de voir le concert du soir avant de définitivement claquer un 3 sur 5 correct pour ce premier album.

Le problème avec les premières parties quand elles jouent avec des pointures énormes comme les Pixies, c’est l’horaire vraiment spartiate. Pas question de rigoler en arrivant en retard sous peine de ne rien voir. La promo a vraiment insisté sur l’horaire : 19:30, c’est pile à l’heure et pas plus tard. Une fois installé dans le carré des vieux hippies à côté de la table de mixage, le petit reporter guette la scène. à l’heure dite, les quatre se mettent au travail. Derrière, leur dure condition de première partie leur autorise tout de même douze spots pour les éclairer. C’est incroyable ! Douze loupiottes et pas une de plus… Pour ce qui est du son, il est très correct même si ce n’est qu’une partie de la puissance disponible. Il est clair mais dense, bien équilibré et tout et tout. Dommage que les spectateurs déjà massés devant la scène ne sont pas vraiment la pour les quatre en train de suer sang et haut dans une indifférence polie et jamais vindicative. Effectivement, les passages psycho groove façon Tame Impala sont clairement affichés. Même si la scène n’est pas trop éclairée, on voit bien que ça bouge bien dans tous les sens. Question sonorité, le puriste qui sommeille en tout un chacun aura particulièrement apprécié le son de la Rickenbacker 330 de Frederick Rundqvist dont le son est parfait pour ce genre de musique. Vingt neuf minutes et trente secondes plus tard, au revoir.

Même si la prestation n’a pas vraiment été mise en valeur par le peu d’éclairage, FEWS est un groupe à voir sur scène. Ca dégage bien dans le genre et les quatre méritent d’être suivis quelques temps histoire de voir jusqu’où ils sont capables d’aller.

© Emma Gibney
© Emma Gibney

Pour le reste, sans être un gros fan des Pixies, quelques lignes sévères mais justes quant au show proposé. Contrairement à la première partie, les Pixies bénéficient de l’intégralité de la sono et du light show. C’est bien. Pour ce qui ne l’est pas, c’était quoi ces éclairages à base de doré avec du rouge en veux-tu en voila ? Par moment, ce n’était plus les Pixies mais ce genre de boîte de chocolat bas de gamme que l’on offre à Noël à une personne que l‘on n’aime pas. Et puis, le fameux son Zénith qui craque bien par moment tellement la saturation est omniprésente. Pour ce qui est de la bassiste Paz Lenchantin, tout le son est en infra basse et nous n’avons aucune idée de ce qu’elle joue vraiment de là où nous nous trouvons. Quant à la voix de Frank Black, c’est bien noyée dans le mixe qu’elle a été servie pendant trente six chansons à un public enchanté quoi qu’il en soit. C’est dans des conditions de malfaçon pareil que l’on voit qu’une bonne chanson bien interprétée passera toujours auprès d’un public plus intéressé à participer à un événement que par les détails techniques. Le problème avec le Zénith, c’est cette fâcheuse habitude de servir la soupe avec le pouce dans le potage. Avec des places entre 40 et 60 euros, il serait bien d’avoir un peu plus de qualité audio dans le service proposé. Et ça, ce n’est pas la faute des groupes qui sont sur scène.

Après un ultime micro trottoir réalisé dans le métro auprès d’un panel de plusieurs personnes, il s’avère que bien peu ont écouté et sont mêmes incapables de décrire le style de musique. C’est tout de même une règle du jeu un peu dure cette histoire de première partie pour faire chauffer la salle… D’un autre côté, quelle superbe école de l’humilité dont la seule manière d’en sortir est de devenir à son tour une star !

La musique ne s’invente pas. Elle se décline. Chacune de ses formes n’est qu’une extrapolation d’une autre vieillerie généralement pêchée au fond de la boîte à souvenirs. Pour faire de la musique intéressante, si l’on se réfère à une remarque de Mike Barson, ci-devant clavier de Madness, il faut que les jeunes candidats à la carrière ne jouent exclusivement que de la musique qui les fait triper, et non ce que la mode du moment impose aux oreilles. Sages paroles qui devraient faire réfléchir les membre de FEWS tellement l’album Means ne semble pas vraiment être le reflet parfait des intentions du groupe. En gros, le producteur Dan Carey s’est un peu fourvoyé dans la réalisation du disque en faisant porter à FEWS des habits post cold wave années 80 qui lui vont aussi bien qu’un slip kangourou ajouré à une stripteaseuse. Après quelques écoutes, et la vision du groupe sur scène dans des conditions pas forcément excellentes, « Means » n’est pas non plus une catastrophe. C’est même assez écoutable surtout dans une ambiance de fête. Espérons seulement que le groupe prendra le recul nécessaire avant de retenter une expérience studio faite, à notre avis, trop rapidement. De plus, trop de références tuent la référence. Espérons aussi que les musiciens de FEWS feront un peu le tri dans tout ce qu’ils aimeraient utiliser dans leur cuisine personnelle. Un peu de sel, c’est tout ce qui manque la plupart du temps pour relever un plat. Ce n’est donc pas la peine d’aller chercher une épice rare sur une planète imaginée par Frank Herbert pour améliorer l’ensemble.

Pour le reste, espérons que cet aperçu de la journée d’un rock critic donnera envie à quelques lecteurs de faire un jour la même chose. La presse écrite à besoin de plumes pour continuer à perdurer.

Géant Vert
FEWS « Mean » [PIAS]

Fews "Means"

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