Terres du son

TERRES DU SON 07 juillet au 09 juillet 2017.

Après une année off, c’est non sans appréhension que le petit reporter s’en est allé poser ses bottes antichoc sur le dos d’un festival adepte de la diversité aussi bio que musicale. En plus, la Touraine au mois de juillet, c’est toujours aussi casse-gueule pour ce qui est du parapluie.
Un brin d’histoire pour encadrer la scène du crime…

Terres du Son est un festival dit écoresponsable qui existe depuis 2005 dans les environs de Tours et, maintenant, permanent sur le domaine de Candé, un lieu aussi bucolique que riche en surprise d’année en année. Après avoir fréquenté la crème de la crème des festivals éco-irresponsables où même un Attila le Hun sponsorisé par le fabriquant de l’agent Orange n’aurait jamais envisagé un tel pouvoir de stérilisation du sol. C’est simple, il est des endroits où rien ne pousse tellement le sol est chargé en nitrate de festivalier bourré… Contrairement à la masse des festivals pollueurs où les organisateurs ne sont intéressés que par l’explosion des chiffres de fréquentation et par les bénéfices du bar, l’équipe génitrice de Terres du Son ne varie pas d’un pouce quant à ses objectifs premiers qui restent de présenter un festival de qualité, au plateau divers et varié, sans que le public ne se marche sur les tongs. Jusqu’à maintenant, c’est chose faite. Cerise bio sur le cake au blé complet, en dix représentations sur le domaine de Candé, la belle campagne tourangelle ne semble toujours pas mise à mal par le voisinage musical. A la limite, l’observateur en chef remarque un entretien des routes et sentiers d’accès à citer en exemple d’année en année.

Jour J chez les pervers du vert…
Alors que le festival a déjà commencé depuis une journée, le petit reporter débarque sur le site. Autour de lui, c’est la grande interrogation quant à la fréquentation des lieux. A cause de fenêtres météo et autres de plus en plus réduites, la bonne ville de Tours voit ses deux festivals d’été se dérouler aux mêmes dates. C’est ballot, mais pas mortel. Avec l’American Tours Festival qui est plutôt porté sur une clientèle motorisée, on imagine mal les amateurs de grosses bécanes pomponnées comme des drag queens venir s’embourber le make up dans la boue campagnarde. C’est d’ailleurs bien dommage car le public serait en droit d’assister à une belle reconstitution de la branlée d’Azincourt quand la cavalerie lourde s’en est revenue une main derrière et l’autre devant par une belle journée d’octobre 1415.

Et le rock dans tout ça ?
Terres du Son est un festival particulièrement apprécié par le petit reporter : mais y va-t-il pour sa programmation rock ? La réponse est non car le plateau proposé est plus porté sur la diversité que spécifique à un genre comme celle du Hellfest. Ainsi, pour cette année, le peu de groupes rock (où, soyons clair, tolérés comme rock par ma pomme) s’est un peu compté sur les doigts d’une main pour ce qui était des scènes principales. Est-ce un mal ? Non. Et c’est même préférable tant le public se montre réceptif dès qu’un groupe qui déménage détaille son set. Quand on voit la réactivité incroyable du public pendant les passages de Popa ChubbyGogol Bordello, de Godjira où alors de Tiâa, les régionaux de l’étape, on comprend sans peine que la diversité de l’affiche aide beaucoup les spectateurs à ne pas s’ennuyer à force d’écouter toujours la même chose. Et puis, comme il n’y a pas que le rock dans la vie, le petit reporter s’est aussi beaucoup amusé en écoutant Camille interpréter le Too drunk to fuck de Dead Kennedys entre deux bourrées plus ou moins auvergnates, voire bretonnes. Enfin bref, ce n’est pas la peine d’épiloguer sur une trop grande diversité quant au menu proposé ; il est copieux, certes, mais pas au point de le rendre indigeste ou, plutôt, inécoutable. Pour bien profiter de la programmation, il suffit juste de déambuler un tant soit peu sur le lieu. Au bout d’une paire d’heures, ses nombreux chemins de traverse pour se rendre d’un point à l’autre n’auront plus aucun secret pour le festivalier malin.

Les plus 2017…
Même si le séjour sera forcément physique question marche à pied, l’amateur de diversification audio appréciera les nombreux salons ombragés disposés tout au long du site (y compris sur la plaine avec les deux scènes jumelles). C’est incroyable de voir comment les bricoleurs du festival sont capables de transformer quelques palettes en un agréable salon où l’on disserte musique. Autres points forts, les multiples possibilités offertes aux festivaliers pour accéder ou repartir du site. Il y a même la possibilité de découvrir les environs en venant à vélo. Reste au candidat aux mollets de champion à en posséder un.

Alors que beaucoup craignaient la pluie, sa présence ne fut ressentie que le samedi ; et seulement pendant deux heures. Le festivalier chenu aura vu pire.

Afin d’éviter d’en rajouter dans le tout-terrain pour les personnes à mobilité réduite, un bon point est décerné aux moyens mis en oeuvre (chemins d’accès en dur sur l’ensemble du site, passerelles en plus grand nombre, personnel dédié…) pour mettre tous les festivaliers sur le même point d’égalité.

Si le festival est tributaire de ses nombreux bénévoles pour rester économiquement viable, il est juste de remarquer que l’organisation a vraiment le chic pour recruter un personnel sympa dès qu’il s’agit de se mettre en quatre pour aider son prochain. Autre plan marrant, la collecte des déchets qui est faite en charrette tirée par un superbe cheval de trait. Loin d’être une idée stupide, il faut aussi se mettre en tête que la plupart des festivaliers venus des grandes villes n’ont, pour certains, jamais eu l’occasion de croiser un vrai canasson à moins qu’ils ne confondent avec un présentateur télé bien connu. Mais là, c’est d’un âne dont il s’agit.

Pour le reste, les toilettes sèches du festival seront plus ou moins bien tenues selon le degré d’ébriété des personnes qui s’en servent. Hé oui, essayez de faire lire le mode d’emploi affiché à Jean-Claude Relou après sa douzième bière et on en reparlera ! Le conseil du baroudeur dans le Loiret : éviter la dégustation gratuite et à l’envie des jus de fruits locaux. Ils sont tous excellents SURTOUT le jus de poire…

Dans le paddock, du Made in France très étonnant…
Au hasard des festoches, il y a des paddocks plus ou moins sympa. Le paddock étant l’espace interdit au public derrière les scènes. Pour celui de Terres du Son, il y a toujours des animations à découvrir pour le curieux en maraude. Cette année, l’attraction qu’il ne fallait pas rater était le stand d’une paire de jeunes luthiers orléanais nommés Clément Guéton et Sylvère Boulay. Copains depuis la nuit des temps, les deux ont très récemment créé la marque Ligérie avec la ferme intention de faire parler de leur art très rapidement. Pour ce faire, les deux amis profitent des festivals alentours pour mettre leurs guitares à disposition des musiciens toujours à la recherche du son qui tue autre chose que les tympans.

En gros, et après avoir eu l’autorisation de maltraiter une bonne partie du catalogue, le petit reporter déclare sous serment que les guitares essayées trouent le cul de bien des façons. On peut s’éterniser sur la qualité de fabrication, sur les manches de 21, 22 ou 24 frets, sur les micros utilisés, sur la finition, le poids, le look, etc… En fait, tout cela n’est rien par rapport à la jouabilité des modèles basses ou guitares. Elle est excellente tant chaque manche est plutôt bien pensé. Pour les amateurs qui souhaitent progresser vite, c’est vers ce genre de modèle qu’il faut se diriger. Pour avoir assisté à la démonstration de la Gamay Grand Cru sous la papatte de Popa Chubby, on peut dire que cette guitare directement pluggée dans l’ampli hurle le blues sans aucun problème. Selon Clément, le modèle Brut (un seul Humbucker) a été précédemment essayé par Loran des Ramoneurs de Menhirs. Même si l’ex des BXN est d’accord pour trouver ce modèle aussi simple et efficace à utiliser que la Gibson TV de feu-Johnny Thunders, il trouve tout de même à pointer du doigt ce qu’il considère comme un défaut. Pour lui, et compte tenu de son expérience en la matière, la meilleure guitare pour le punk rock sera la Gamay Brut le jour où Ligérie branchera directement le micro sur l’ampli après avoir supprimé les boutons de volume et de réglage de la tonalité. Effectivement, c’est assez bien vu pour le punk breton.

Un peu plus tard, les huit musiciens d’Inna de Yard descendent de scène après un concert mouillé mais pas au point d’éteindre la chaleur du groupe. Alors que le régisseur tente de rameuter tout son monde car il y a un train à prendre dans peu de temps, le guitariste Winston « Bo-Pee » Bowen arrive les mains dans les poches et demande tout de go s’il y a moyen d’essayer une Othello Grand Cru qui passait par là. Bon, là, pareil ! Cette gratte est parfaitement capable de sonner autrement que dans les mains du rockers précédent. Au loin, près du bus, le régisseur envoie émissaire sur émissaire pour faire comprendre que le départ est imminent. Pas de chance, là, c’est les deux tiers du groupe qui découvrent le stand et s’installent pour discuter musique. A la fin, c’est le grand Earl Chinna Smith (Jimmy Cliff, Lee Scratch Perry…) qui se joint à un boeuf improvisé lancé par le bassiste qui ne lâche plus la Lenoir Brut dont il semble être tombé amoureux. Modèle très particulier, cette basse est livrée d’office avec 21 cases . Ce détail sera bien pratique pour tous les bassistes qui souhaitent devenir le nouveau Lemmy Kilmister. En 1979, afin de pouvoir jouer comme il l’entendait la ligne de basse de la chanson Metropolis, l’icône en devenir du rock plus que lourd avait dû faire rajouter une case supplémentaire à sa Rickenbacker 4001.

Alors que le boeuf bat son plein, on sent poindre comme de la dépression dans le regard du régisseur… enfin, ce n’est pas grave, il est trop loin.

Pour résumer cet agréable moment avec deux artistes du bois et du son, le petit reporter déclare, la larme à l’oeil, que lorsqu’on a eu l’opportunité de tester la Gamay, on peut d’ores et déjà faire une croix sur les autres guitares !

Plus d’info ici : https://ligerie-guitares.fr

Bon, ce n’est pas tout, mais il faut encore rentrer à l’hôtel. Mon runner s’appelle Marius et il me manquera une fois rentré sur Paris. Et avec tous ces voyous qui font pétarader leurs mobylettes sous les fenêtres de l’hôtel, je sens que je ne vais pas tarder à appeler la police !

Géant Vert : Arcueil le 15 juillet 2017.

Camille - Too drunk to fuck (live @ Zenith de Paris, mardi 25 novembre 2008)

Légende photos ci-dessous

01/ le site avant la bataille et l’arrivée des festivaliers

02/ vue du paddock. Ce genre d’ambiance ne convient pas au travail..;

03/ un peu partout, des capteurs solaires pour tout alimenter. Il est intéressant de noter qu’ils ne sont pas installer sous les arbres comme pour un festival éco parisien bobo…

04/ Exemple d’un public parfait dans l’après-midi et sous la pluie. Ils ont l’air gêné par les intempéries ?

05/ le devant de scène pour Popa Chubby. Quand la sécu est bien faite en amont, tout le reste roule

06/ Une pensée émue à Louis Charal… HEU ! Non ! Louis Nicollin !

07/ Gogol Bordello, le groupe qui n’arrête pas de bouger pendant que le guitariste se tourne les pouces.

08/ Popa Chubby envoyant le bois et les clous en direction de la Suède pour qu’on lui fabrique une chaise longue.

09/ même sous une pluie battante, les nuages n’ont pas réussi à éteindre l’incendie Inna de Yard.

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